Explore Case Studies

Saamaka Apaki, Suriname

Saamaka Apaki : un territoire de vie

Origine et description

Nous, les Saamaka, sommes un peuple d’origine africaine. Nos ancêtres ont été amenés au Suriname en tant que personnes réduites en esclavage. À partir de la fin du XVIIe siècle, ils se sont enfuis dans la forêt et ont combattu pour leur liberté pendant environ 100 ans. En 1762, ils ont fait la paix avec le gouvernement colonial et sont devenus un peuple libre, vivant dans nos propres communautés autonomes, avec leurs propres chefs et nos propres règles. Depuis plus de trois siècles, nous maintenons vivantes notre culture, notre langue, notre spiritualité et notre gouvernance, toutes profondément enracinées dans la forêt tropicale. Nous vivons de l’agriculture, de la chasse, de la pêche et de la cueillette de produits forestiers.

Notre territoire couvre 1 417 732 hectares, dont 84 % sont couverts de forêt.

Notre territoire et les menaces qui pèsent sur lui

Notre territoire de vie (APAC) existe depuis que nos ancêtres ont établi les Saamaka comme un peuple libre et autonome. En tant que peuple tribal, nous dépendons de la forêt pour notre existence, et c’est d’elle que viennent notre culture et notre spiritualité. La forêt est la demeure de notre mémoire ancestrale et des êtres spirituels, les dieux (gadu), qui protègent le peuple saamaka (sëmbe). Nos ancêtres et ces dieux vivent partout sur notre territoire (pisi kamia) : dans la forêt (matu), dans le fleuve, et même dans les pierres du fleuve, qui renferment et gardent nos lois sacrées et notre sagesse ancestrale.

La forêt n’est pas seulement une source d’eau ou de nourriture. Ce à quoi nous tenons le plus, c’est la forêt elle-même. Si la forêt disparaît, notre protection s’affaiblit, et la maladie, le malheur et le déséquilibre s’abattent sur nous. La forêt est le fondement de notre bien-être et de notre force spirituelle.

C’est pourquoi notre système de gestion coutumier est fondé sur la protection de la forêt (Tyubi di Matu). Ces dernières années, nous avons commencé à appeler nos lieux protégés Apaki. Un Apaki est une calebasse dans laquelle on conserve des choses précieuses. Nos Apaki comprennent des aires protégées coutumières, des lieux sacrés et des lieux d’importance culturelle et historique.

Nos Apaki, et notre territoire dans son ensemble, sont confrontés à de graves menaces. Les plus visibles sont l’exploitation forestière commerciale, l’orpaillage et les nouvelles routes qui les accompagnent. Moins visibles, mais tout aussi graves, sont les changements au sein de nos communautés : les gens respectent moins nos lois spirituelles, et nos savoirs traditionnels se perdent peu à peu.

Face à ces menaces, nos anciens (gaan sembe) s’efforcent de faire revivre nos règles traditionnelles et d’encourager les gens à les respecter à nouveau. En mettant nos savoirs par écrit, nous espérons les préserver et faire en sorte qu’ils continuent d’être transmis de génération en génération. Nous travaillons également à renforcer notre capacité à défendre notre territoire. Cela comprend la cartographie de nos Apaki et de notre système de gestion, afin de mieux comprendre comment ces pressions les affectent ; la formation d’une équipe de patrouilles communautaires qui surveillent la zone et signalent les alertes ; et l’apprentissage de la création et de l’utilisation de cartes numériques. En renforçant ces capacités et en rassemblant des preuves sur notre territoire, nous visons à mieux défendre nos droits et à plaider pour leur reconnaissance et leur protection, y compris au niveau international.

Conservation

« Conservation » est un mot occidental. Nous ne savions pas que nous faisions de la conservation. Nous avons simplement pris soin de notre maison, la maison de nos ancêtres et des esprits qui nous protègent. Nous ressentons d’abord l’effet de la protection de la forêt en nous-mêmes, dans notre bien-être mental, émotionnel et physique. Si nos soins ont aussi offert un habitat à la faune, stocké du carbone ou préservé la santé de nos eaux, cela s’est fait indirectement, comme conséquence de notre mode de vie.

Notre territoire est toujours boisé parce que nous y vivons et que nous le protégeons. Nos lois coutumières divisent le territoire de manière à protéger la forêt. L’aménagement du territoire national voit ces mêmes terres autrement, et certaines zones sont destinées à des concessions forestières et minières. Lorsque nous plaçons notre carte à côté des cartes nationales, les deux façons de voir la terre apparaissent clairement. Nous espérons les rapprocher, afin que notre manière de prendre soin de la forêt soit reconnue. Nous continuerons à protéger nos terres ancestrales, comme nos ancêtres l’ont fait avant nous. En 2009, deux de nos dirigeants, Hugo Jabini et Wanze Eduards, ont reçu le prix Goldman pour l’environnement pour avoir défendu les droits fonciers des Saamaka et œuvré à notre reconnaissance. Ce prix reconnaît la force et la persévérance des Saamaka en tant que peuple.

Gestion et gouvernance

Nous continuerons à gouverner notre APAC au moyen de nos propres institutions et règles coutumières. Nous rétablissons le respect de ces règles et encourageons les gens à les suivre. Nous intégrons également de nouvelles technologies à la manière dont nous avons toujours pris soin de la terre, afin de mieux surveiller notre territoire et de réagir rapidement aux changements.

Notre rêve et les prochaines étapes

Nous œuvrons à la réalisation de notre rêve : que les femmes et les hommes saamaka de toutes les générations soient plus forts pour décider de leur propre avenir et tirent de la forêt de meilleurs moyens de subsistance de manière durable, tandis que nos droits collectifs sur nos terres ancestrales sont respectés et que notre gouvernance traditionnelle est solide. Notre culture continue de guider notre façon de vivre et de prendre soin de notre territoire, et nos jeunes gardent un lien spirituel fort avec la terre. Ainsi, nos forêts sont protégées pour aujourd’hui et pour les générations futures.

Pour y parvenir, nous allons :

  • renforcer notre gouvernance traditionnelle et adapter nos règles à notre époque, notamment grâce à des dirigeants plus redevables
  • poursuivre les patrouilles et renforcer notre capacité à protéger et à gérer notre territoire
  • mettre nos savoirs par écrit, faire vivre notre alimentation traditionnelle et redonner vie à nos lieux sacrés
  • créer des revenus pour les femmes, les hommes et les jeunes, par exemple grâce à des marchés équitables pour nos produits agricoles et à des visites respectueuses de personnes extérieures, afin que les jeunes restent et prennent soin de la terre.
  • collaborer avec le gouvernement du Suriname à l’élaboration de lois qui nous permettent de continuer à prendre soin de nos forêts à notre manière.

Ce dont nous avons besoin et ce que nous avons appris

Avant tout, nous avons besoin de la reconnaissance juridique de nos Apaki en tant qu’aires conservées par les communautés, et de l’autonomie nécessaire pour les gérer nous-mêmes. Nous avons également besoin d’un soutien pour nos patrouilles, ainsi que de formations et de revenus pour nos jeunes. Nous avons appris que nos savoirs se renforcent lorsqu’ils sont mis par écrit et représentés sur des cartes, et que le véritable changement doit venir de l’intérieur, mené par nos anciens et nos propres règles.


Cette étude de cas a été initialement publiée par l’UNEP-WCMC en octobre 2026. Les informations sur ce site web a été fourni par les gardiens de cette APAC. L'APAC a été auto-déclarée et a n'a pas encore fait l'objet d'un processus d'examen par les pairs pour vérifier son statut. Plus de détails sur ce processus peuvent être trouvés ici. Les informations sur ce site web ne reflète pas nécessairement les points de vue ou les politiques du Programme des Nations Unies pour l'environnementou du UNEP-WCMC.